Pure Love de Row Takakura

Publié le par Roshieru

Kyôji Mogami n'est pas un lycéen comme les autres. Fils d'un bonze, il a la capacité de combattre les fantômes. Tout irait pour le mieux s'il n'avait pas deux points faibles qui le gênent lors de son travail : il n'est pas capable de voir les fantômes et, en prime, est effrayé par le surnaturel. Fort heureusement, Yû Himuro, son ami d'enfance et amant, est capable de voir les esprits malfaisants et l'aide régulièrement dans son travail. Une aide précieuse ou presque... Yû dispose d'une force surnaturelle, d'autant plus vis-à-vis de son délicat physique. Cela pourrait être un atout de taille si lors de leurs ébats Yû, incapable de contenir son ardeur, ne passait pas son temps à briser les os de Kyôji par accident. De ce fait, tous deux n'ont jamais eu la possibilité d'aller "jusqu'au bout" et Yû, pour qui ce détail est crucial, en souffre terriblement.

Si le nom de Row Takakura n'évoque rien pour la plupart des lecteurs de mangas français, celle-ci est plutôt populaire parmi les lecteurs de boys love japonais. Chez nous, ses mangas se sont tout d'abord faits connaître des fans par le biais de la scanlation, puis par les publications américaines de plusieurs de ses oeuvres (notamment But I'm Your Teacher, I Can't Stop Loving You (Pure Love, chez nous) et Skyscrapers Of Oz). Ses travaux sont plutôt explicites (par exemple Sokonashi - Freefall Romance), bien qu'inévitablement frappés par la censure à la japonaise "cachez moi ces poils et ces organes que je ne saurais voir".
Autant le dire : ceux qui veulent un titre dans la veine du Jeu du chat et de la souris ou même de Si ton rêve se réalise ont tout intérêt à passer leur chemin. Pure Love est un boys love décomplexé, où le scénario est avant tout prétexte à des scènes osées très osées et où la carte de l'humour (légèrement au ras des paquerettes) est plus fréquemment employée que celle du drame et du sérieux. Est-ce pour autant un mal ? Il en faut pour tous les goûts et un titre de ce genre entre deux mangas qui se veulent un peu plus profond fait du bien. D'autant plus que Pure Love reste supérieur à un Gakuen Heaven (ce qui n'était pas bien difficile, il faut l'admettre). La comparaison entre ces deux mangas est plutôt adéquate puisque tous deux exploitent plus que d'autres le fanservice boys love et emploient un "scénario prétexte" à des scènes croustillantes.
La grande différence entre Gakuen Heaven et ce titre tient notamment aux personnages. Là où le manga de You Higuri se disperse entre des protagonistes inutiles et des couples vus et revus, Pure Love se montre plus alléchant en tentant de dépasser certains clichés lourdingues du boys love (clichés dans lesquels Gakuen Heaven tombe lourdement). Si Yû apparaît au départ comme le uke typique (l'accent est mis sur son physique effeminé et la confusion des gens quant à son sexe), il s'avère plus pervers et dominateur que son partenaire, pourtant l'archétype même du seme musclé. Plus encore, sa grande force amène Kyôji à se retrouver fréquemment en position de faiblesse face à lui. Cela permet à Pure Love de se démarquer face aux autres boys love déjà parus en France (au Japon, c'est une autre histoire). On regrette cependant que la mangaka n'aille pas plus loin, avec une réelle inversion des rôles sexuels (pourquoi l'effeminé ne serait-il pas seme pour une fois ?). En raison du caractère déjà farfelu du manga, cela n'aurait pas dépareillé. Reste que Yû, avec son côté peste et sa passion démonstrative, est plus interessant à suivre que la larve pleurnicharde, fade et prude, pardon, Keita de Gakuen Heaven. A l'inverse, Kyôji, avec son caractère de labrador au coeur débordant de guimauve et d'innoence, s'avère un peu plus lassant, d'autant plus que sa peur face aux fantômes paraît quelque peu ridicule pour un gars aussi musclé. Sa personnalité est cependant tournée en dérision de nombreuses fois, comme si la mangaka avait elle-même conscience de son côté agaçant (notamment dans le supplément de fin, où Kyôji tente de trouver des conseils sexuels dans... un manga boys love aux dialogues tout aussi crus que les répliques de Yû).
En terme de scénario, Pure Love offre une collection d'histoires indépendantes qui se laissent suivre avec plaisir bien qu'il ne faille pas s'attendre à grand chose d'exceptionnel. En effet, Row Takakura aurait pu profiter de l'aspect fantastique pour créer d'autres enjeux aux héros (moins centré sur le couple, à l'image d'un Crimson Spell de Yamane Ayano, autre manga abondant d'érotisme). Cependant, la qualité des scénario s'améliore au fil des histoires et la dernière, longue de trois chapitres, tente d'offrir une intrigue où les scènes chaudes sont un peu moins centrales et l'élément fantastique plus mis en avant. Malgré tout, on ne tombe jamais dans la médiocrité d'un Gakuen Heaven, plombé par son absence d'humour, ses intrigues affreusement dramatiques auxquelles on ne croit pas un seul instant...
Le dessin, quant à lui, est plutôt réussi même si Yû paraît parfois vraiment trop féminin et qu'il demeure quelques erreurs d'anatomie par-ci par-là. Cependant, l'utilisation fréquentes des trames contribuent à donner plus de profondeur aux planches. En fait, le véritable point noir est cette éternelle censure japonaise : les mangaka de boys love vont devenir maîtres quant à l'art d'esquisser les régions intimes pour éviter un facheux macarron, une mosaïque ou un trait blanc disgracieux.
Question édition, Asuka a jeté son dévolu sur la réédition d'Enterbrain, qui comprend donc les deux volumes de Yannacchau Kurai Aishiteru. La couverture est agréable à l'oeil, bien que le trait doré au niveau du pantalon noir de Yû soit plutôt étrange. Le reste est de l'Asuka classique : une page couleur, des onomatopées tantôt intégralement adaptées (texte japonais effacé), tantôt non, une traduction sonnant parfois un peu trop littérale et des illustrations en ouverture de chapitre plus ou moins moirées. La papier est assez fin mais ne se montre pas transparent et est waterproof*. Reste le titre, Pure Love, qui ne correspond pas tout à fait au contenu du manga (à moins de le prendre dans un sens ironique)... Le titre anglais, I Can't Stop Loving You sonnait plus juste et représentait mieux la posséssivité de Yû envers Kyôji.

* mais je vous déconseille de mettre de l'eau par accident sur le manga comme moi '_'

Publié dans Boys love

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